J’ai rencontré Alizée à la terrasse d’un petit café du centre-ville pour discuter de sa relation à distance. C’est un sujet souvent malmené, critiqué, blâmé. Les relations à distance, ce sont des shots d’émotions virtuelles, il n’y a rien de sérieux derrière. J’ai voulu savoir ce qu’elle en pensait après un an de couple !


[Masha] : Est-ce que tu peux poser le cadre ? Quel âge as-tu ? Depuis combien de temps es-tu en couple avec Julien ? 

[Alizée] J’ai rencontré Julien quand j’avais 18 ans et j’en ai maintenant 19 ans. Cela fait plus d’1 an que nous sommes ensemble.

Comment l’as-tu rencontré ?

Sur discord (une application de discussion instantanée), en bonne gameuse que je suis. Il y avait un serveur qui regroupait une communauté de fans de certains streameurs. J’y ai rencontré pas mal de potes et Julien en faisait partie. Quand on est une fille et qu’on joue aux jeux-vidéos, on attire facilement l’attention des hommes sur ce genre de discussions. J’ai vite sympathisé avec quatre ou cinq d’entre eux. On a crée notre propre salon de discussion privée et c’est à partir de là que j’ai appris à connaître vraiment Julien.

Tu as discuté de plus en plus avec lui et au fil du temps vous êtes tombés amoureux. Comment tu as su que tu étais amoureuse de lui ?

Oui, c’est ça, on s’est mis à parler tous les jours, de plus en plus régulièrement. Je me suis dit que j’étais sûrement attirée quand je me suis rendue compte que j’attendais de ses nouvelles avec impatience. Clairement, ça me faisait chier quand il ne me répondait pas.

Est-ce que tu es tombée amoureuse avant ou après avoir vu son physique ? Ça a été déterminant ?

Le physique n’a jamais été un critère déterminant dans mes relations amoureuses. Vraiment, jamais. Je suis donc tombée amoureuse de lui avant de voir sa tête… ou autre chose. C’est vrai que j’ai été pendant un temps dans le fantasme de l’autre. Je m’imaginais qui il pouvait être et ça ajoutait un peu de piment à ma vie sentimentale. Mais je suis tombée amoureuse de son pragmatisme et de sa capacité à construire un débat intellectuel avec moi, au bout de deux mois environ.

Est-ce que c’était facile de parler de ta relation avec tes ami.es ? Ou tes parents ? Tu l’assumais ? 

Une fois que nous nous sommes avoués notre attirance mutuelle, j’en ai parlé avec mes deux meilleures amies. Elles étaient habituées à ce type de relations. Je savais que tout le monde ne comprendrait pas mon choix : pourquoi choisir un type à l’autre bout de la France alors qu’il y en a ici aussi ? Mes amies l’ont très bien pris. Pour mes parents, je m’étais préparée mentalement à leurs remarques.

Quand je l’ai annoncé à mon père, il m’a tout de suite dit, mot pour mot : “Quitte-le”. Comme si mes sentiments étaient virtuels, infondés.

Du coup, je me pose une question, c’est quoi être en couple, quand on ne se voit pas ?

Avec Julien, très vite, nous avons planifié de nous voir pour vérifier si ça pouvait marcher entre nous. Notre deal c’était de continuer à discuter jusqu’à ce que l’on se rencontre et qu’on valide aussi notre relation dans le… réel. Au fond, nous avions une relation classique tout en étant à distance. Nos sentiments et nos échanges n’avaient rien de virtuel.

On s’aime, on s’engueule, on rigole, on s’ennuie, comme tous les autres.

Avant de se voir en juillet, on a fait plein de skype. On a bien défini notre relation : exclusive et basée sur la confiance. Avant notre rencontre, nous avions de l’appréhension, bien sûr. Comme il est plus petit que moi, il avait peur que je le rejette pour ça. De mon côté, j’avais peur qu’on arrive pas à s’entendre et à cohabiter ensemble pendant une semaine de vacances. Je suis arrivée à la gare tendue et stressée comme jamais après un voyage épuisant.

Tes parents n’ont rien dit quand tu leur as annoncé que tu allais voir un garçon rencontré sur internet ? 

Dans un premier temps, je n’ai pas dit à ma famille que je l’avais rencontré sur le net, mais ça n’a pas empêché ma mère de me faire une crise avant que je parte. Comme elle ne supportait pas que je m’éloigne du cocon familial, elle a rejeté la faute sur lui. Elle m’a fait la gueule pendant une semaine après l’avoir insulté de tous les noms. Mais bon, ma mère est un cas particulier. Mon père, lui, le prenait bien.

Une fois arrivée, ça n’a pas été dur de briser la glace ? 

Au début, si, un peu. On se comportait comme des enfants. On était dans un milkshake de bonheur et de timidité. Après notre premier bisou, on s’est vachement décoincé et on a carrément fait l’amour ! A partir de là, la machine infernale du love était en marche. Plus rien ne pouvait nous arrêter et on a passé une semaine formidable !

Et puis est venu le temps du départ et vous vous êtes séparés pour un mois et demi. Est-ce que c’était compliqué de gérer la frustration sexuelle, s’il y en avait ?

En effet, il y en a eu. La distance attise le désir ; donc quand on se revoyait, c’était la débauche à chaque fois et c’était très intense. Ça ne nous a pas empêché d’échanger quelques nudes et autres sextos… pour passer le temps, bien sûr. Je pense que ce sont de bons moyens pour apprendre à se connaître sexuellement en attendant de se revoir. On parlait pas mal de ce que l’on aimait aussi pour profiter un maximum quand on se voyait.

Les questions de la fin : quels sont vos projets et quels sont les piliers d’une relation à distance qui dure ?

On a prévu d’emménager ensemble en septembre. Si tout se passe bien, ça devrait se réaliser. Le bail est signé. Il ne reste que mes cartons à emporter. Je pense que les critères d’une relation stable à distance sont :

  • avoir un mental solide 
  • savoir gérer la frustration : absence physique de l’autre, de vie sexuelle physique à deux
  • avoir confiance en l’autre et bien définir le cadre de sa relation
  • ne pas oublier que si les échanges passent par un monde virtuel (sms par exemple), la souffrance et les sentiments sont bien réels eux
  • et bien sûr être amoureux ! Et être convaincu.e que ça en vaut la peine.

Merci ! 


Tu vis une expérience similaire ? Tu pourrais t’engager dans une relation à distance ? On sexplique en commentaires ♥

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2 thoughts on “[interview] Je suis amoureuse à distance et heureuse

  1. Merci pour ce chouette témoignage. Ça me rappelle les débuts à distance de ma relation actuelle. Je me retrouve dans les mots d’Alizee. La confiance, l’intensité des retrouvailles puis l’emménagement. J’espère qu’elle vivra sa relation aussi sereinement que maintenant. Du love

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